L'enseignement à Toulouse sous la Restauration, par Olivier Devaux
le 1 novembre 1994
L'histoire de l'enseignement sous la Restauration à Toulouse est exemplaire, traversée par tous les grands courants qui ont caractérisé l'époque, témoin de toutes les polémiques qui ont marqué le pays. Le contrôle de l'appareil de formation fait alors figure d'enjeu majeur, à Toulouse comme partout en France.

Les partis monarchistes au pouvoir veulent y mettre la main. L'Église n'imagine pas de n'y pas retrouver son rôle traditionnel de gardienne de l'orthodoxie et de vérificatrice des bonnes moeurs. Le préfet, l'évêque et le maire se donnent la main pour éliminer les enseignants douteux et favoriser les éléments sûrs. C'est le triomphe des frères des écoles chrétiennes. A l'inverse, les milieux d'opposition, discrètement républicain ou bonapartiste, ont gardé quelques positions de force à l'école, au lycée et dans les facultés et n'entendent pas les abandonner sans combat. La politique et la méfiance à l'égard des nouveautés brident les initiatives et nombre de tentatives intéressantes y trouveront leur perte, telles les écoles mutuelles. Sur tous ces points, ce livre traduit fidèlement les polémiques et les luttes dont à peu près tous les établissements français d'enseignement furent le théâtre entre 1814 et 1830. À ce titre, il retiendra tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'instruction publique, d'autant que l'on est alors au coeur de problèmes d'une récurrente actualité, ainsi des rapports entre religion et laïcité. Mais Toulouse eut aussi, en ce domaine, ses spécificités. Ville attachée à ses traditions, peuplée par une bourgeoisie prudente, elle se méfie de l'enseignement public. Les écoles secondaires ecclésiastiques enregistrent constamment plus d'inscriptions que le collège royal dont on se méfie à cause de ses origines napoléoniennes et de ses enseignants hérités de l'époque révolutionnaire. Les Toulousains sont fiers de la résurrection de leur faculté de droit qui retrouve, par le nombre de ses étudiants et de ses chaires, son rang de premier établissement de ce type en province. D'une façon générale, l'enseignement, qu'il soit primaire, secondaire ou supérieur, se développe avec des taux de fréquentation supérieurs aux moyennes nationales. Même sur le plan politique, l'image de la ville est contrastée : à côté d'élites très traditionalistes et conformistes une minorité libérale se manifeste, surtout parmi les étudiants et pose quelques problèmes tant aux autorités universitaires qu'à la police qui parsème de mouchards les amphithéâtres pour découvrir les meneurs. Le lecteur friand d'histoire locale trouvera donc également dans ce livre de quoi satisfaire ses intérêts et sa curiosité.

Olivier Devaux, L'enseignement à Toulouse sous la Restauration, Toulouse, Presses de l'Université des Sciences Sociales de Toulouse, 1994, 224 p.

 


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