CTHDIP - Cérémonie pour le Centenaire du 11 Novembre 1918
le 12 novembre 2018
Intervention du professeur Delvit à l'occasion de la cérémonie du Souvenir organisée le lundi 12 novembre 2018 à 12h dans les locaux de l'Ancienne faculté de droit au pied des Monuments aux Morts élevés à la mémoire des étudiants et anciens étudiants tombés pour la France en 1914-1918.

Madame la présidente,
Madame, Monsieur,
A chacune et chacun d'entre vous en vos titres, grades et qualités,
En ce jour qui célèbre le centenaire de l'annonce de la signature de l'Armistice du 11 novembre 1918, en fait le lendemain de ce centenaire, je suis très honoré de vous accueillir ici, au pied de ces monuments.
Ils rappellent le sacrifice des centaines d'étudiants et d'anciens étudiants qui ont revêtu l'uniforme ; ont pris les armes pour répondre à l'appel de la Nation ; ont laissé leur vie dans le conflit.
Près de trois cents étudiants de la Faculté de droit, de l'Institut technique de droit qui assurait alors un versant que nous nommerions professionnalisé de la formation, ont ainsi disparu.
Depuis plus de cinquante ans, aucun hommage ne leur avait été rendu par notre institution.
Or ils méritent d’être vivants dans la mémoire de cette Faculté.
Elle les a accueillis, l’espace d’une année, l’espace d’une licence, le temps d’un doctorat.
Le temps d’une fraction de leur jeunesse.
Leurs noms sont écrits dans les registres d’inscription, dans les listes des lauréats.
Enfin, leur identité est reportée sur ces plaques de marbre élevées par la Faculté.

Comme nombre d'entre nous ici, j'ai connu un temps de la mémoire de 1914-1918.
Ecolier, je suis allé devant le monument aux morts de ma commune, où je ne lisais pas le nom de mes deux grands-parents.
L'un était revenu gazé et blessé, n'en parlait jamais.
L'autre, 18 ans au moment de son engagement volontaire dans la Marine au début de 1918, était revenu indemne, mais marqué par un périple qui l’avait finalement amené en Mer noire en 1920.
Je tiens dans ma main le livret militaire du premier, abîmé par l’usure, par le contact rugueux des effets militaires pendant les années de combat.
Je tiens dans ma main une cartouche de Mauser, le fusil en dotation dans l’armée allemande. Mon grand-père l’avait transformée en porte-plume, témoignage si fréquent de l’artisanat des tranchées. Peut-être a-t-il servi à écrire à sa fiancée, ma grand-mère.
Mais ces deux hommes sont revenus vivants.
Ceux dont le nom est là ne sont pas revenus du champ de bataille, ou de l’hôpital qui tentait de les tirer d’affaire.
Il en est aussi dont le nom manque sur ce tableau d’honneur.
Les pièces sont parvenues trop tard ;
Les familles n’ont pas eu la force de réunir les éléments réclamés par les autorités académiques ; ou simplement ignorait-on le dernier domicile des intéressés avant la mobilisation.
Près de trois cents morts et disparus, de l’Afrique aux champs de bataille de l’Europe. 
Hommage à eux, qui n’ont pas vu la Paix revenir.
La Paix, cette si fréquente et grande absente des relations entre Etats.

C’était hier ?
L’Histoire ne se répète jamais, « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », écrivait Héraclite il y a vingt-cinq siècles.
Mais après la Première, la Der des Der, il y a bien eu la Deuxième, et bien pire que la Première.
Alors veillons à en éviter une autre, en honorant ceux qui sont tombés pour que revienne la Paix.
 
Philippe Delvit
Chargé de mission Archives-Patrimoine
Université Toulouse Capitole


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